Un ex-DG adjoint du CHU de Nice a porté plainte pour harcèlement moral contre Rodolphe Bourret, et interpellé l’Élysée
(Par Bruno DECOTTIGNIES)
PARIS, 9 avril 2026 (APMnews) – L’ancien directeur général adjoint du CHU de Nice de 2015 à 2023 et actuel directeur général adjoint du CHU d’Orléans, Thierry Arrii, a déposé une plainte pour harcèlement moral à l’encontre du directeur général du CHU de Nice, Rodolphe Bourret, le 7 octobre 2025, puis a adressé un courrier au président de la République le 4 mars dernier, dans lequel il regrette l’inertie des tutelles, a-t-on appris auprès de ses avocats.
En novembre 2024, huit anciens directeurs du CHU de Nice avaient dénoncé des « pratiques managériales présentant des risques pour la santé des salariés du CHU » (cf dépêche du 20/01/2025 à 12:24). Thierry Arrii était l’un des signataires.
Cette initiative avait alors suscité une levée de boucliers de la gouvernance médicale, en soutien au directeur général, Rodolphe Bourret, arrivé à la tête du CHU début 2023 (cf dépêche du 29/01/2025 à 17:06).
En décembre 2025, le procureur de la République avait par ailleurs été saisi, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale (engageant tout agent public à dénoncer les crimes et délits constatés dans l’exercice de ses fonctions), d’un « harcèlement institutionnel » de la part de la direction générale (cf dépêche du 02/02/2026 à 18:46).
Cette initiative a aussi provoqué une vive réaction de la gouvernance médicale actuelle (cf dépêche du 06/02/2026 à 11:02), et a donné lieu à l’ouverture d’une enquête pour harcèlement, confiée à la police judiciaire (cf dépêche du 28/01/2026 à 18:13).
Contacté mardi par APMnews, Me Paul Sollacaro, l’un des avocats de Thierry Arrii, confirme que deux procédures sont en cours, menées par le parquet de Nice: l’une concernant le signalement au titre de l’article 40, l’autre découlant de la plainte de son client, qui a été entendu fin février. À sa connaissance, une jonction des deux dossiers n’est pas à l’ordre du jour.
Dans son courrier au président de la République, qu’APMnews a pu consulter, Thierry Arrii regrette qu »en dépit de plusieurs démarches formelles et de signalements circonstanciés, aucune mesure effective ne semble avoir été engagée afin d’apprécier objectivement la situation, de faire cesser ces agissements et de prévenir le risque de réitération à l’encontre d’autres agents du CHU de Nice ».
« Les directeurs généraux de CHU étant nommés par décret du président de la République, l’agence régionale de santé [ARS Paca] et le centre national de gestion [CNG] semblent se dédouaner d’un véritable contrôle sur les agissements de M. Bourret, au motif de l’absence de tout lien hiérarchique », déplore-t-il.
Selon Me Sollacaro, ce courrier n’a pour l’heure pas reçu de réponse. Interrogé mardi par APMnews, l’Élysée n’a pas donné suite.
Mise au placard et somatisation
L’avocat affirme que Thierry Arrii, arrivé en 2012 au CHU de Nice comme directeur du pôle « ressources matérielles », puis nommé directeur général adjoint en 2015, a subi avant même l’arrivée effective de Rodolphe Bourret une « mise au placard » de la part de ce dernier, qui a duré jusqu’à ce qu’il parte, un an plus tard. Il fait valoir qu’avant sa prise de poste, en janvier 2023, Rodolphe Bourret ne s’est pas rapproché du directeur général adjoint, qui assurait alors l’intérim de direction, tout en prenant directement contact avec les médecins, les syndicats ou encore la ville de Nice.
Ce « déclassement » se serait poursuivi une fois le nouveau directeur général en poste malgré les questionnements de son adjoint. Trois jours après son arrivée, il lui aurait signifié sa volonté de lui retirer son emploi fonctionnel de directeur général adjoint puis l’aurait mis à l’écart des réunions et autres évènements importants, « vidant son poste de sa substance ».|
En novembre 2023, Thierry Arrii a perdu son emploi fonctionnel et est devenu l’adjoint du directeur des coopérations territoriales et affaires générales, qui était précédemment sous son autorité, malgré les vacances de postes plus haut dans l’organigramme du CHU, jusqu’à son départ pour Orléans, début 2024. |
Son avocat met avant les conséquences de ce comportement sur la santé de Thierry Arrii: hypertension, dépression, certificats médicaux et ordonnances à l’appui.
Me Fabrice Barbaro, qui défend également Thierry Arrii, contacté mercredi par APMnews, ajoute qu’un recours administratif est en cours concernant l’évaluation professionnelle et la notation de son client, en octobre 2023, par le directeur général.
Une « campagne médiatique de dénigrement concertée »
Sollicitée jeudi par APMnews, la direction générale du CHU de Nice a affirmé qu’elle « ne connaît pas le contenu précis des accusations de M. Thierry Arrii » mais « se réserve le droit d’agir par tout moyen de droit, y compris le dépôt d’une plainte pénale, à l’encontre de toute allégation diffamatoire à son encontre, notamment de harcèlement moral ».
« Une telle allégation ne repose sur aucun élément sérieux. Bien au contraire, la réforme de l’organisation et du fonctionnement du CHU de Nice, conduite au terme d’une large concertation et validée par l’ensemble des instances et du corps médical, a produit des résultats objectifs et très positifs: développement de l’offre de soins, absentéisme en baisse, recrutement et attractivité en hausse, redressement des finances du CHU.. », poursuit la direction générale.
« Il est regrettable que cette réforme, qui a permis de raccourcir les délais internes et d’améliorer la qualité des soins, avec des effets immédiats, n’ait pas recueilli l’adhésion de certains anciens directeurs adjoints », déplore-t-elle.
« Ces derniers ont cru devoir saisir plusieurs autorités administratives et hiérarchiques sans jamais obtenir gain de cause, et font désormais le choix d’alimenter une campagne médiatique de dénigrement concertée dénuée de tout fondement, ce que le CHU ne peut que déplorer », conclut-elle.
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